Contexte économique
Depuis l’éclatement de la bulle financière japonaise en 1990, les différents gouvernements successifs s’emploient à moderniser les systèmes de régulation économique. Une réforme de la gestion financière de l’économie au niveau national est devenue nécessaire. Les débats politiques se concentrent sur la fiscalité, le droit des affaires et le système bancaire.
Comme je l’ai expliqué ici les conglomérats d’entreprises organisés en keiretsu doivent évoluer pour s’adapter au nouveau contexte économique de crise. Jusqu’à présent le fonctionnement de l’entreprise japonaise repose sur la stabilité de ses relations avec ses partenaires : emploi à vie pour les salariés, liens privilégiés et durables avec la banque principale, relations clients-fournisseurs à long terme souvent scellées par des participations croisées, verrouillage du capital et contrôle des entités du groupe par des participations durables.
Ce système hermétique est propice aux tentatives de domination/dépendance qu’aucun audit ne peut révéler. Une comptabilité opaque et souvent frauduleuse rend difficile le contrôle par des entités internes ou externes comme les actionnaires ou les créanciers. La crise a révélé ces lacunes et les nombreux scandales financiers qui en ont découlés ont fini de discréditer le modèle traditionnel de gouvernance japonais. La seule alternative est le modèle occidental qui repose sur des alliances par contrats à durées limitées.
En 1996 est lancée une politique de déréglementation économique appelée le « Big Bang Financier ». Le but étant d’harmoniser les normes japonaises à ce qui se fait dans le reste du monde. Il doit donner le jour à un marché plus libre, transparent et mondial. Le Japon doit s’aligner sur les standards internationaux, c’est une évidence constatée par l’administration gouvernementale, et une nécessité impliquée par les pressions internationales.
La mutation s’opère jusqu’en 2001, non sans difficultés. Les entreprises, tout comme les banques et les assurances doivent revoir leurs pratiques ancestrales, repenser les relations de l’entreprise avec son environnement, reformuler les partenariats, apprendre une nouvelle manière de formater l’information financière. C’est un véritable chamboulant des habitudes à tous les niveaux. Certains y voient une perte de pouvoir ou d’influence. Le syndicat patronal des entreprises du Japon (keidanren) n’est pas favorable à une réforme si brutale. Les keiretsus qu’elle défend mettent des freins et retardent l’application des nouvelles lois. Il leur faut certainement plus de temps pour « arranger » les comptabilités truquées, masquer les créances frauduleuses et détourner les capitaux douteux.
En 1999 est publiée une loi de « Revitalisation de l’Industrie » visant à restaurer la compétitivité des industries japonaises. Parmi les nombreux articles de cette loi, les plus significatifs permettent de faciliter les regroupements d’entreprises. Des allègements de procédures permettent fusions et restructurations. Dès lors Le jeu de carte est redistribué et les mouvements qui consistaient principalement à des absorptions de filiales par les maisons mère durant les années 90 se transforment en une vague de fusions diverses et variées pendant les années 2001-2003.
Une loi supplémentaire édictée en 2003 sur les fusions d’entreprises apporte encore de l’eau au moulin des contestataires et le processus se solde avec des compromis de part et d’autres des belligérants, les partisans pour l’harmonisation internationale et les conservateurs. Ce qui est concret, c’est l’impact économique significatif que cela a produit. La crise est à l’origine d’innombrables faillites, de dissolutions et donc aussi de rachats et de fusions. Si l’on pouvait comptabiliser 217 regroupements d’entreprises en 1996, ce nombre a grimpé à 1965 en 2007.
Tous ces changements structurels et l’application de nouvelles pratiques comptables ont transformé le paysage industriel nippon. La décennie perdue de 1992 à 2002 est révolue. Le système bancaire se consolide et sort progressivement de la crise. Les banques se sont unies pour être plus fortes. Cinq groupes financiers principaux voient le jour. La crise prend symboliquement fin en 2005 avec la fusion de Mitsubishi Tokyo Financial Group et UFJ Holding.
La crise économique mondiale de 2008 atteint le Japon qui se trouve encore dans un état critique. Le pays entre en récession au troisième trimestre de 2008 de façon assez brutale. La balance commerciale est déficitaire, des milliers d'entreprises font faillite, le taux de chômage atteint 5,2 %, du jamais vu. Cette situation fait dire aux journalistes occidentaux que le miracle économique japonais est bien fini et que la grande puissance nippone est maintenant à genoux. Les exportations souffrent d'une surévaluation du yen et d'une baisse de la demande globale. Cette situation est difficile pour ce pays dont le développement est axé sur la demande extérieure. En 2008, les exportations sont réparties comme suit : 17,5 % aux Etats-Unis, 16 % en Chine et 14 % en Europe. En mai 2009, la valeur des exportations a chuté de moitié par rapport à l'an dernier. Le marché extérieur s'appuie notamment sur la Chine, devenu principal client du Japon. La Chine, qui quant à elle, est en pleine expansion, et qui ravit la place de deuxième économie mondiale au Japon cette même année.
Le gouvernement est en désarroi, il peine à trouver un plan de relance et sa crédibilité s'effrite auprès des Japonais. Toute tentative de stimulation de la croissance ne fait qu'amplifier la dette colossale du pays. En janvier 2009, le taux de satisfaction envers le gouvernement est en deçà de 20 %, le niveau le plus bas jamais atteint par un dirigeant japonais. D'ailleurs, aux élections d'août 2009, le Parti démocrate du Japon (PDJ) supplante le Parti libéral du Japon (PLJ) qui régnait seul depuis l'adoption de la Constitution démocratique de la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
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